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20 juil. 2012

Olympe de Gouges


Il est des personnes dont on se demande pourquoi la postérité n’en a pas gardé un souvenir plus vif et plus pressant, alors même qu’elle a choisi de se rappeler C. Jérôme… C’est le cas d’Olympe de Gouges. Certains d’entre vous la connaissent certainement, mais d’une manière générale, elle est quand même relativement peu citée de nos jours. Pour ma part, je ne la connais que depuis quelques années, depuis que la classe du Coq a choisi « Olympe de Gouges » comme nom de promo (ce qui est arrivé 2 fois, preuve que le Coq est vraiment un féministe dans l’âme). Depuis lors, j’ai découvert bien des choses sur Olympe de Gouges et je tiens à vous en faire profiter, j’aurai l’impression de répandre la bonne parole autour de moi !


Olympe de Gouges, de son vrai nom Marie Gouze (il y a toujours une Marie derrière une grande dame), est donc une femme de lettres française du 18e siècle, née en 1748 et morte en 1793. Mariée plus ou moins contre son gré à un traiteur parisien, elle est plus ou moins contente quand celui-ci meurt quelques années plus tard. Après cela, elle eut plusieurs relations amoureuses ou sexuelles, notamment une très longue avec Jacques Biétrix de Rozières, mais elle refusa toujours de se remarier, considérant le mariage religieux comme un « tombeau de la confiance et de l’amour ». Elle se fait connaitre grâce à une pièce de théâtre où elle prône l’abolition de l’esclavage dans les colonies, acceptée par la Comédie-Française sous le titre Zamore et Mirza, ou l’heureux naufrage, mais vite retirée de leur répertoire, parce que bon, une femme qui défend les Noirs, c’est  bien beau, mais c’est quand même mieux à la Bastille. Pour cette pièce et d’autres textes abolitionnistes, elle fut citée par l’abbé Grégoire dans la « Liste des Hommes courageux qui ont plaidé la cause des malheureux Noirs ».

Elle fait par la suite publier de nombreuses brochures politiques, elle rejoint les Girondins et tente de faire comprendre sa grande conviction, à savoir que les femmes sont capables d’assumer les mêmes tâches que les hommes, dans tous les domaines.  Elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle on peut lire une des ses phrases les plus célèbres :

« La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. »

Dans ses écrits, elle demande entre autres l’instauration du divorce, la suppression du mariage religieux au profit d’un contrat civil entre concubins, la création de maternités et de foyers pour mendiants. Une féministe visionnaire ! Profondément opposée à Marat, à Robespierre et aux violences qui ont découlé de la Révolution, elle est emprisonnée, puis, après un procès sommaire où elle doit se défendre sans avocat, elle est condamnée à mort, bien qu’elle assure être enceinte, et guillotinée, le 3 novembre 1793.


Depuis, elle a été réhabilitée, ses écrits réédités, des places, des bâtiments, des promotions portent désormais son nom (le bâtiment gynéco du CHU de Tours, un théâtre à Montpellier, la médiathèque de Strasbourg, une salle du ministère de l’Intérieur, etc.). Mais surtout, la sortie de la BD Olympe de Gouges, par Castel et Bocquet, chez Casterman écritures, devrait lui fournir une célébrité méritée. Très documentée, très riche, cette BD expose les différents moments de sa vie, depuis sa conception jusqu’à sa mort, ses engagements, ses convictions, ses erreurs aussi. C’est drôle, intelligent, très bien dessiné et très bien écrit. Bref, un bon moyen de se familiariser avec cette féministe avant de se lancer dans la lecture de ses propres écrits !

15 juil. 2012

Des cases et des bulles, de la culture, de la politique et du stalinisme

Petites chroniques, conseils et invitations à vous plonger dans trois bandes dessinées sorties en juin 2012. Vous les avez certainement déjà vues si vous arpentez régulièrement les bonnes librairies, voici quelques éléments qui je l'espère vous déciderons la prochaine fois à investir dans le domaine culturel, ou à me demander que je vous les prête. 


1. Mathieu Sapin - Campagne présidentielle


Mathieu Sapin réalise ici son troisième ouvrage sur "les coulisses de" et faut bien dire qu'à chaque fois, ça triche pas : Feuilles de Choux, sur le tournage du film de Sfar consacré à Gainsbourg, et Journal d'un journal, sur le travail de la rédaction du Journal du pouvoir en place Libération (vous avez peut-être découvert Sapin à travers le blog qu'il animait sur le site de Libération pendant la période où il était embarqué au sein du journal). Voici pour les deux premiers que je vous conseille de lire. 

Le troisième est consacré à la campagne présidentielle de François Hollande : les traits et les couleurs sont toujours aussi agréables, la naïveté et la distance prises sur la politique et les campagnes donnent tout son sens à l'ouvrage où l'on rencontre des journalistes blasés par les visites d'usines, où l'on apprend que lorsqu'un journaliste de France 2 a voulu entrer dans la loge de Hollande pour l'émission Des paroles et des actes, et s'est vu refusé l'accès, ce n'est pas parce que celui-ci se préparait dans le plus grand secret mais parce qu'il était tranquillement en slibard et en chaussettes sur le canapé à regarder les perfs de Joly et Sarkozy. On y revoie aussi Olivier Ferrand (décédé d'une crise cardiaque quelques jours après son élection aux législatives) témoignant de sa confiance sur le résultat de la présidentielle. 

Les trois ouvrages sont publiés dans la collection Shampooing dirigée par Trondheim chez Delcourt. 


2. David Prudhomme - La traversée du Louvre

Chaque année le Louvre invite un auteur de bande dessinée à créer un ouvrage sur le musée. Deux précédents ouvrages nous avez fait chavirés, Période glaciaire par Nicolas de Crécy et Les Sous-sols du révolu par le génie Marc-Antoine Mathieu. Prudhomme livre ici une BD presque muette, une simple traversée du Louvre où les visiteurs du musée sont le thème principal (la double page où vous êtes mis "lecteurs" à la place de la Joconde, scrutant avec malice les visiteurs venus vous dévisager est un régal). Je suis aussi assez heureux de trouver une raisonnance avec une série de photo que tient CombatsdeCoqs consacrée à l'attitude des personnes observant des chefs-d'oeuvre dans les musées (article à venir). 


Les dessins sont d'une douceur apaisante, c'est donc très agréable à feuilleter. Et puis surtout je retiens cette intuition géniale de Prudhomme : les murs des musées sont des pages, et les tableaux forment les cases d'une bande dessinée, l'auteur de BD n'aurait plus que les bulles à rajouter. Et l'on comprend, en raccompagnant Prudhomme chez lui après sa traversée du musée que les encarts publicitaires dans le métro, que les fenêtres des wagon aussi forment des cases, plus vulgaires ou plus triviales. Mais putain quelle révélation : on vit dans une BD, et dans des cases...



3. Fabien Nury, Thierry Robin - La mort de Staline, tomes 1 et 2

Le tome 1 de cette bande dessinée nous plonge dans la nuit de 1953 où Staline se meurt. Et l'on saisit la folie du personnage, l'irrationalité du régime, la lutte des chefs pour la succession : le scénario est une fiction, mais incapable de dépasser la réalité tellement celle-ci était incroyable. Le tome 2 est consacré aux funérailles. La mise en scène est assez géniale, les dessins et les dialogues sont une réussite. Lisez ça tout de suite. 



Et si vous souhaitez connaître un peu sa vie avant de découvrir sa mort, lisez la biographie de Staline pour les enfants chez Acte Sud Junior, illustrée par Guillaume Long. C'est un petit bijou. 


12 avr. 2012

A boire et à manger, Guillaume Long


Guillaume Long, éd. Gallimard
Si vous trainez un peu dans les librairies (ou à la Fnac), vous avez peut-être repéré un grand livre jaune, titré A boire et à manger. L’avantage de ce titre, c’est que, qu’il soit pris au sens figuré ou au sens propre (on est alors face à un cas d’expression-contexte, et si vous ne savez pas ce qu’est une expression-contexte, c’est que vous n’avez pas lu l’article sur les resto étrangers, et ça, c’est pas bien…), il dit bien ce qu’est cette BD : un peu de tout et n’importe quoi (sens figuré de l’expression « à boire et à manger »), mais dans la thématique de la cuisine (le titre est alors à prendre au sens propre). Un titre très bien trouvé donc !
Guillaume Lond
éd. Gallimard

Comme c’est un peu la mode en ce moment (citons les maitres du genre : Margaux Motin, Pacco, Pénélope Bagieu), cet ouvrage est en fait la publication des chroniques du blog de Guillaume Long. En plus d’être un illustrateur de talent, Guillaume Long est aussi un passionné de cuisine (et par la même occasion de tous les légumes un peu bizarres qu’on ne savait même pas qu’ils étaient comestibles). Il expose donc dans ce livre ses meilleures recettes, ses astuces culinaires, ses coups de cœur gastronomiques et plein de trucs divers toujours sympas à savoir. Par exemple, savez-vous à quoi correspond le premier chiffre inscrit sur les œufs (celui qui me répond « le jour de la date de péremption » est un con) ? C’est certainement l’info qui m’a le plus marquée parce que je la raconte à tout le monde ! Parce que figurez-vous que le premier numéro inscrit sur l’œuf, qui va de 0 à 3, correspond à l’espace dont dispose la poule pour vivre et s’épanouir : les poules « 0 » gambadent dans l’herbe, sont nourries au bio et ont au moins 3m2 à leur disposition, les poules « 1 » ont la même surface mais ne mangent pas bio, les poules « 2 » s’entassent à 9 par m2  dans des entrepôts, et les poules « 3 » partagent leur m2 à 18, la grosse loose quoi. Malheureusement, depuis que je sais ça, je n’ai pas eu à acheter d’œufs, donc j’ai pas encore pu me la péter, genre : « Non, je vais plutôt prendre des œufs 0, parce que moi, la Nature, ça me botte, et c’est HYPER important de faire attention à ce qu’on mange et ce qu’on achète, donc tes œufs 3, merci, mais non merci ! » Mais ça ne saurait tarder.
Guillaume Long, éd. Gallimard

Cette BD drôle et instructive a quand même réussi à me donner envie de tenter le brocolounge (nouveau nom du brocoli, destiné à lui garantir une vie meilleure), et ça, c’était pas évident ! Depuis, j’ai également acheté mon premier chou-fleur, alors je ne suis pas sure que ça ait un rapport direct, parce que je ne crois pas qu’il soit question de chou-fleur dans A boire et à manger, mais à mon avis, c’est quand même pas sans lien… J’ai également découvert une association absolument délicieuse : raisin-gouda au cumin, un des meilleurs sucré-salé selon moi ! Et j’ai pu constater que je n’étais pas la seule à paniquer à l’idée de n’avoir qu’une patate avec mon fromage à raclette, et que c’étaient même plutôt ceux qui ne prévoyaient qu’une patate par personne qui avaient un sérieux problème avec la nourriture.
Pour l’avoir vu en dédicace dans l’excellentissime librairie des Batignolles, Guillaume Long est très sympa ! Il est également l’illustrateur de plusieurs titres de la collection « Tétais qui, toi ? », aux éditions Actes Sud Junior,  ceux consacrés à Robespierre et Staline (2 éternels incompris…). Il continue d’alimenter son blog sur le même thème, donc ne manquez pas d’y faire un tour et, quand vous aurez vu comme c’est génial, d’acheter son album !