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18 mai 2012

Audrey Pulvar n’est plus


Arnaud Montebourg tout juste nommé au ministère au titre soviétique Redressement productif, le couperet tombe et France Inter présente au peuple la tête encore sanguinolente d’Audrey Pulvar, tout juste passée à l’échafaud. Comme sous la Terreur du regretté Robespierre, c’est à l’accusé de prouver son innocence. Et dans le cas de la journaliste Audrey Pulvar, il y a bien présomption de culpabilité. Comdamnée, car coupable d’avoir perdu sa neutralité de journaliste, son indépendance, entraînant par la même, celle de l’ensemble de la rédaction de France-inter (Qui avait réellement attendu la liaison Pulvar-Montebourg pour qualifier France-inter de radio de gauche ?).
            Ce matin de 6 à 7, Audrey Pulvar a donc animé cette tranche matinale pour la première fois en concluant sur ces mots :

«Pas de drame, ni amertume. La direction de France Inter souhaite conserver la neutralité de la rédaction, de cette belle et grande radio qui est la vôtre. Je le comprends même si ce n'est pas le moment le plus agréable quand on aime son travail. Merci pour vos mots de soutien, de colère parfois, pardon à ceux que mes choix ont pu heurter parfois, à bientôt pour une autre histoire sur France Inter bien sûr.»

            Effectivement domine un sentiment de colère et de gène car plus que l’indépendance des journalistes, c’est des droits des femmes dont il est ici question, de leur indépendance, de leur libre arbitre.
La carrière d’Audrey Pulvar est longue, elle n’a pas débuté, ou ne s’est pas terminée au moment de sa rencontre avec Montebourg. Ses qualités de journalistes demeurent, qu’en pensent Monsieur Vall et Monsieur Hesse, les patrons de France-inter et Radio France ? Elle les a notamment prouvées dans l’interview sur France 3 en 2006 d’un Nicolas Sarkozy trop vite agacé, ou dans son dynamisme et ses billets acérés tous les matins, et on lui pardonnera de s’égarer sur le plateau d’On n’est pas couché.
Audrey Pulvar est journaliste et féministe, et même de gauche (mais cela peut-il empêcher d’être journaliste ? – je crois que le siège de Libération est à brûler si c’est le cas), jouant la provocation en posant avec une rose à la une des Inrocks, mais au nom de quoi la priver d’antenne ? Quelle régression pour les droits des femmes, qu’une union sentimentale vous prive d’une carrière professionnelle. Alors son interview dans les Inrocks d’Avril se révèle aujourd’hui juste, cinglante et révoltante :

« J'ai cru pouvoir être jugée sur pièces... A tort. J’ai beau me débattre pour dire que je fais mon travail en fonction des lieux où j’exerce, que je parle en tant que femme indépendante et non en tant que femme «de», je sens bien que beaucoup de journalistes ne sont pas à l’aise avec ça ».

            Dès l’annonce de la candidature de Montebourg au primaire, i>Télé lui retire son émission, France Inter lui retire son interview de 7h53, désormais confiée à Pascale Clarck. Le 6-7 perdure sur France Inter jusqu’à ce matin, à cette heure-ci compagne du conseiller d’un candidat à la présidentielle c’est encore tolérable, mais compagne d’un ministre, alors là non c’est impossible, inconvevable, intolérable.
France Inter peut bien faire une émission chaque semaine sur les droits des femmes, si c’est pour ensuite régner toute indépendance et liberté aux femmes. Audrey Pulvar aurait-elle arrêté de penser en rencontrant Arnaud Montebourg ? Les femmes perdent-elles leur esprit critique pour embrasser celui de leur mari ? Fallait-il donner le droit de vote aux femmes si elles ne votent que comme leur mari, ou pis comme le curé ?
Et puis après tout, poussons la réflexion jusqu’au bout, ou jusqu’à l’absurde, si la situation ne l’est déjà pas suffisamment comme cela. Si Audrey Pulvar n’est que la « femme de », en cas de victoire aux élections de Nicolas Sarkozy, et de la nomination d’un gouvernement de droite, pouvait-on maintenir à l’antenne celle qui n’aurait finalement été qu’une adversaire politique, que la porte-parole de son compagnon, et pas une journaliste ? Voilà un raccourci que Jean-François Copé n’avait en rien hésité à franchir le 9 décembre 2010 sur le plateau du Grand Journal :

"Si je suis interrogé par Audrey Pulvar, connaissant son lien avec Arnaud Montebourg, ça me pose un petit problème."

Voici un raccourci que Rue89 semble tenter d’emprunter quand, dans son infographie sur le nouveau gouvernement, il précise pour chacun de ses membres « son statut amoureux » et d’ouvrir trois possibilités : marié(e), pas marié(e) et… vit avec une journaliste (sic). Assez pour que même Le Figaro crie au Maccarthysme.

Voici donc un premier sujet sur lequel la nouvelle ministre des droits des femmes Najet Vallaud-Belkacem pourrait s’engager. Une ambition, une carrière, une activité professionnelle doit-elle vraiment primer sur une autre dans un couple, chacun n’a-t-il pas désormais son indépendance hors du couple ?
Face à cette vulgarité sexiste demeurent la poésie et ce texte de Khalil Gibran sur le mariage qui souligne que l’individu ne se meure pas dans le couple, il en est un pilier, indépendant et solide. 


Alors Almitra parla de nouveau et dit, et le mariage, Maître?
Et il répondit en disant:

Vous êtres nés ensemble et ensemble vous

resterez pour toujours.
Vous resterez ensemble quand les blanches
ailes de la mort disperseront vos jours.

Oui, vous serez ensemble

jusque dans la silencieuse mémoire de Dieu.
Mais qu'il y ait des espaces dans votre communion,
Et que les vents du ciel dansent entre vous.

Aimez-vous l'un l'autre,

mais ne faites pas de l'amour une entrave:
Qu'il soit plutôt une mer mouvante
entre les rivages de vos âmes.

Emplissez chacun la coupe de l'autre

mais ne buvez pas dans la même coupe.
Partagez votre pain
mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux,
mais demeurez chacun seul,
De même que les cordes d'un luth sont seules
cependant qu'elles vibrent de la même harmonie.

Donnez vos coeurs,

mais non pas à la garde l'un de l'autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos coeurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus:
Car les pilliers du temple s'érigent à distance,
Et le chène et le cyprès ne croissent pas

dans l'ombre l'un de l'autre.

16 mai 2012

Le 1er Gouvernement de Jean-Marc Ayrault – partie 3


Pôle 3 : Les incertitudes

Ministre de l’Egalité territoriale : Claude Bartolone. Ce ministère est la nouveauté forte et belle du gouvernement de François Hollande. Son périmètre reste à définir (certaines directions d'administrations centrales attendent déjà avec fébrilité les fameux décrets d'attribution de vendredi matin), mais il sera notamment en charge de la politique de la ville, de l'aménagement du territoire, peut-être de la cohésion sociale, du logement, et des transports (soit une belle flopée de secrétaires d'Etat pour accompagner ce ministre) et surtout du nouvel acte de décentralisation encore promis par Hollande dans son discours d'investiture (la direction générale des collectivités territoriales du ministère de l'intérieur pourrait y être rattaché, une sorte de révolution - Valls n'aurait donc en charge qu'un ministère de l'intérieur au périmètre plus petit en charge uniquement des questions de sécurité). Pour cela, il faut un élu de terrain capable de manœuvrer avec les grands élus locaux. Toutefois, ce ministre devra bien être conscient que cette nouvelle vague de décentralisation sera pilotée depuis l'Elysée, car le nouveau secrétaire général de l'Elysée, Monsieur Lemas, un ancien préfet, s'en est fait une spécialité depuis les années Deferre. Les dernières rumeurs laissent présager un ministère plus restreint qu’envisagé au début, en raison du portage politique par l’Elysée et Matignon de ces réformes. Claude Bartelone devrait donc faire l’affaire. On a pensé à François Rebsamen, il a dit qu’il n’en serait pas. Ce matin, revenant sur mes pronostics j’imaginais un grand Ministère d’Etat pour Aubry, numéro 2 du gouvernement, il n’en sera rien, elle ne sera pas au gouvernement comme Combats de coqs l’annonçait hier.

Secrétaire d’Etat aux affaires européennes : Kader Arif, un proche de Hollande, député européen, qui veut se faire élire à l’Assemblée nationale. Il sera au gouvernement, mais peut-être seulement à la coopération, et ça c’est un peu la loose, faut le dire.

Ministre de la Santé : Jean-Marie le Guen, un médecin à la santé, la belle affaire ! Sera-t-il capable de remettre en cause le fonctionnement de la médecine libérale ?

Ministre de l'Industrie : Anne Lauvergeon, espionnée et virée de la tête d'Areva par Nicolas Sarkozy, talent découvert par François Mitterand, sa place au sein du gouvernement Ayrault est presque naturelle.

Ministre du logement : Yannick Jadot, le député européen qui compte chez les Verts, qui connait bien Peillon et Le Foll (aussi députés européens), ancien N°1 de Greenpeace - un peu trop lourd pour être nommé à l'écologie ou à l’énergie, mais qui pourrait impulser une transition vers des logements, surtout sociaux (la loi SRU refondée par le nouveau gouvernement, et pensée par le même Lemas en 2001 devrait désormais imposer aux communes un taux de 25% de logements sociaux contre 20% aujourd’hui), à Très haute qualité environnementale, soit beaucoup de construction, de rénovation et donc de l’emploi, en s’appuyant sur des niches fiscales bien sûr. On aurait bien vu Delphine Batho au logement, elle s'y connait, elle qui occupe un logement social dans Paris malgré son salaire de député (alors, oui même si le loyer a été revu à la hausse, ça reste choquant).

Il y aura un ministère mais quel ministre ?
Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : Bah j'ai trouvé personne, on parle du maire de Saint-Etienne mais qui est-ce vraiment ? Il serait également intéressant de rattacher la recherche à l'industrie. Je rêvais d'un grand ministère de l'Industrie, de l'Emploi et de la Recherche, mais j'ai peur d'être déçu.

Ministre de l’Emploi, du travail, et de la formation professionnelle : un grand ministère, qui devrait plus probablement être créé. On parle aussi d’un Ministère de l’industrie et de la Production (un nom qui fait un brin soviétique je trouve), et dont Rousset, le président de la région Aquitaine, serait le titulaire.

Et aussi : Secrétaire d'Etat à la Politique de la Ville, Secrétaire d’Etat au Transports, Secrétaire d’Etat à l’Energie, Secrétaire d’Etat à la Famille (pour piloter l’adoption du mariage gay et emmerder les intégristes de Civitas)… Par contre il ne devrait pas y avoir de Ministère du temps libre comme en 1981, la gauche a perdu ses illusions, pourtant j’aurais adoré entendre Jean-François Copé sur le sujet. Et épargnez-nous un Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants (ou aux Personnes âgées c’est pareil).


Ils devraient y être mais où ?
Arnaud Montebourg : à moins qu'il refuse tout poste dans l'exécutif, pour éviter que sa compagne journaliste Audrey Pulvar subisse une nouvelle fois de trop importantes pressions, genre reléguer dans la tranche avec 6 heures sur France-inter.

Delphine Batho : devrait avoir son portefeuille (à condition de quitter son appartement bien sûr, on veut éviter les scandales avant les législatives), mais où, c'est un sacré casse-tête, elle est spécialiste des questions de sécurité mais le secteur est bouché.

Jean-Michel Baylet : le radical de gauche pourrait avoir un os à ronger, peut-être la fonction publique.

Robert Hue : tout comme Jean-Michel Baylet, mais plus communiste.

Anne Hidalgo : Première adjointe de Bertrand Delanoë, elle pourrait rejoindre le gouvernement pour assoir une stature politique forte et résister aux assauts futurs de François Fillon sur la Mairie de Paris en 2014. Mais cela ne fonctionnera que si elle dispose d'un grand ministère. Alors l'hypothèse inverse est valable : faire rentrer Delanoë au gouvernement et installer dès maintenant Hidalgo à la Mairie Paris, une passation de pouvoir en douceur. Pas sûr toutefois que Bertrand soit prêt à lâcher sa mairie au moment de concrétiser ses projets de transformation de la ville : aménagement de la place de la République et des quais de Seine. 

Voir la partie 1 : ceux pour qui c'est sur
Voir la partie 2 celles pour qui ça devrait le faire
Voir l'explication sur le choix du premier ministre
 

Le 1er Gouvernement de Jean-Marc Ayrault – partie 2

Pôle 2 : Celles pour qui ça devrait le faire

Ministre des affaires sociales : Marisol Touraine, une spécialiste, notamment en tant que présidente du département d'Indre-et-Loire (les départements gèrent l’essentiel des dépenses sociales). Espérons que ce quinquennat sous son impulsion soit à l'origine d'une modernisation de notre système de protection sociale, de nouveau vu comme un moteur de croissance économique et pas comme une charge - lisez Julien Damon et Bruno Palier. Si ce ministère va à Claude Bartelone, j’arrête la politique.

Ministre de la Justice : Adeline Hazan, une proche de Martine Aubry, maire de Reims, pourrait atterrir place Vendôme, et pas André Vallini qui ne pense qu'à cela depuis qu'il a présidé la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau. Eva Joly, ça n'aurait quand même pas manqué de panache.

Ministre de l’Excellence environnementale : Marie-Hélène Aubert (mais je prends un risque –somme toute limité il est vrai), la spécialiste autour de François Hollande des questions écologiques, qui ne souhaite pas s'entourer que des Verts sur cette question. Ségolène Royal aurait été une ministre excellente dans un grand ministère de l'écologie, de l'industrie, de l'énergie, des transports et du logement. Elle préfère le perchoir de l'Assemblée nationale, c'est aussi très bien qu'une femme, enfin, accède à ce poste. Le nom du ministère lui rend hommage, c'est l'expression qu'elle utilise, jamais celle de développement durable.
OU
Ministre de l’écologie : Cécile Duflot, pour laisser à sa suppléante PS qui est la candidate sortante dans sa circonscription le plaisir de siéger à l’Assemblée. Une verte à l’écologie, c’est pas banal ça. Mais du coup ce sera un petit ministère, sans l’ambition du grand ministère précédent de Borloo.

Ministre de la Culture : Aurélie Filipetti. Elles ne sont pas beaucoup, les pro de la politique, surtout de cette génération, à être enfants d'ouvriers, c’est bien qu’elle entre au gouvernement. Elle se spécialise sur les questions culturelles, et pourrait faire une grande ministre, j’en prends le pari (Jack qui ?). La voir en chauffeuse de salle lors des meetings de Hollande faisait plaisir, enfin des transitions politiques dans un meeting politique - normal quoi ?

Ministre des Droits des femmes : Najet Vallaud-Belkacem, la plus brillante des jeunes pousses. Souhaitons lui de réussir et de pouvoir porter la cause de la parité dans l'ensemble des projets de lois des grands ministères. Elle devra manœuvrer finement car elle n'aura pas derrière elle d'administration, ce qui fait réellement le poids d'un ministre. Un rattachement au près du Premier ministre pourrait être gage de succès, serait au moins un acte fort.  

Ministre des Sports : Valérie Fourneyron. Médecin du Sport et maire de Rouen. Bon courage pour résister au lobby de la ligue national de football contre la taxe à 75%. Les bons ministres du Sport sont des femmes, et pas des sportifs pro dégueulasses, cf. Marie-Georges Buffet, cf. David Douillet ou Guy Drut ou Bernard Laporte.

Ministre en charge de l’économie Numérique : Fleur Pellerin, elle s'en est chargée dans l'équipe d'Hollande. Lui manque une légitimité électorale en plus de ses compétences administratives de Conseiller-maître à la Cour des Comptes.

Ministre de l’Outre-mer : Christine Taubira héritera peut-être de ce ministère qui pour exister pourrait être rattaché directement au Premier ministre. Mais va falloir arrêter de cantonner à ce ministère tous les politiques outre-marins.

Voir la partie 1 : ceux pour qui c'est sur
Voir la partie 3 : les incertitudes
Voir l'explication sur le choix du premier ministre

Le 1er Gouvernement de Jean-Marc Ayrault – partie 1


Jean-Marc Ayrault nommé, il faut bien lui trouver des ministres et c’est là que les difficultés apparaissent. Contrairement à 2007 où les choses étaient assez claires (je me souviens d’avoir été assez bon au jeu des pronostics), beaucoup de doutes subsistent sur les futurs ministres et sur les périmètres ministériels. Alors voici une tentative sur les personnalités et leurs maroquins qui seront annoncés demain matin sur le perron de l’Elysée. J’essaie de m’imposer les mêmes contraintes que celles du titulaires de Matignon : la constitution de grands pôles comme l’a annoncé François Hollande et la parité ; mais tout cela n’est pas bien évident. Verdict cet après midi.

Pôle 1 : ceux dont on est à peu près sûr

Ministre de l’Economie et des Finances : Michel Sapin, de la fameuse promotion Voltaire de Hollande, Royal, de Villepin, Jouyet et Lemas (désormais connu pour être le nouveau secrétaire général de l’Elysée, le poste clef d’une présidence, occupé par Guéant en 2007, par de Villepin lors du premier mandat de Chirac). C’est un proche d’Hollande auquel le poste ne devrait pas échapper car il a élaboré son programme notamment économique avec le jeune inspecteur des finances nommé SG adjoint de l’Elysée – Emmanuel Macron. Sapin a déjà occupé ce poste sous Pierre Bérégovoy, donc il connait, et en même temps, on renomme rarement un mec au même poste.  

Ministre du Budget et de la fiscalité : Jérôme Cahuzac, l’actuel président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, il connait donc son sujet. Il venait d’ailleurs de faire remarquer au précédent gouvernement qu’il serait impossible selon leur prévision de revenir à 3% de déficit en 2012, l’UE vient de lui donner raison et de montrer que le gouvernement précédent n’était pas hyper-réglo en matière budgétaire. Ca annonce aussi une période difficile en matière budgétaire, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle ; mais l’effort reposera sur les plus riches bien sûr. Cahuzac sera notamment en charge de la fameuse réforme fiscale annoncée par Hollande et du rapprochement entre la CSG et l’Impôt sur le revenu. Cet homme a du travail.

Ministre des Affaires étrangères : Pierre Moscovici, le transfuge DSK pourrait obtenir le quai d’Orsay, promis à Fabius, pour le remercier de son rapprochement dès l’affaire Diallo et du succès d’une campagne qu’il a dirigée. Il a été ministre des affaires européennes sous Jospin, donc connaît déjà un peu la question.

Ministre de l’Intérieur : Manuel Valls. Il en rêvait, sa campagne de flic de la communication lui a offert le poste. Maintenant tu as intérêt à faire tes preuves parce que tout le monde t’attend au tournant, notamment François Rebsamen qui s’est fait éjecter de ce poste qu’il convoitait. Sera en plus porte-parole du gouvernement.

Ministre de la Défense : Laurent Fabius, lolo s’est fait viré du quai d’Orsay alors se retrouve à la Défense, à l’expérience pourra piloter le retrait au pas de charge d’Afghanistan, et l’expliquer à Barack dans une semaine. Du coup, exit Jean-Yves le Drian, président de la Région Bretagne : en même temps il ne faisait pas rêver grand monde, ou alors c’est ce ministère tout court qui fait pas rêver grand monde.

Ministre de l’Education nationale et de la jeunesse : Vincent Peillon, le ministre qui sera au cœur de toutes les réformes Hollande, car la jeunesse est sa priorité. Coup de chance donc qu’il ait choisi le quinquagénaire le plus brillant du PS, un agrégé de philosophie, un modèle pour ceux qui voudraient se lancer en politique, lisez ses livres, buvez ses discours, accrochez des posters de lui dans vos chambres. Une école est à reconstruire en France, de la primaire au bac, et le seul discours hommage à Jules Ferry ne suffira pas, alors bon courage. Il recrute dans son cabinet ?

Ministre de l’Agriculture : Stéphane Le Foll, le seul mec qui a cru toute sa vie en François Hollande, qui a calqué sa vie politique sur celle de François Hollande, le seul vraiment intéressé par les questions agricoles au PS, et surtout parce qu'ils ont peur de filer le ministère à un écolo. La FNSEA plus forte que le bio.

Un commentaire de Patrick Juvet sur cette première liste : « Où sont les femmes ? »

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15 mai 2012

Le 1er gouvernement de François II – 24e président de la France et 7e président de la Ve République française

Le nom du Premier ministre ne fait plus de doute après « la gaffe », dixit Ségolène Royal, de Jean-Pierre Jouyet ce jour au micro de RTL : il s’agit comme annoncé dans la presse depuis l’élection de François Hollande le 6 mai 2012 de Jean-Marc Ayrault, l’actuel maire de Nantes, Président de l’agglomération nantaise et Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale depuis 15 ans (il briguera en juin son 6e mandat de député - sic), un cumulard donc, dont on attend avec impatience la loi sur la modernisation de la vie publique et le non-cumul des mandats.
Tire sur mon doigt

A son crédit pour être nommé à ce poste, signalons sa collaboration depuis 15 ans avec François Hollande (quand Jospin devint Premier Ministre, l’un devient premier secrétaire du Parti socialiste, l’autre Président du groupe PS et les deux siègent ainsi côte à côte 15 ans lors des réunions de groupe du mardi matin, où la ligne politique sur les grands textes de lois et les orientations stratégiques sont arrêtées). Et les deux se sont toujours trouvés complémentaires.
A son crédit bis, une grande expérience du fonctionnement de l’Assemblée nationale qui facilitera les relations entre le gouvernement et le Parlement pour mener à bien d’importantes réformes dès le début du quinquennat. Les propositions socialistes qu’il a élaborées pendant les dix années d’opposition sous forme de proposition de loi1 et d’amendement ont largement alimenté le programme socialiste.
Voir la gueule de Tokyo Hotel fait toujours plaisir
Son plus bel atout vient surtout du fait que le bougre est bilingue, il parle allemand. Alors au moment de renégocier un traité européen avec l’Allemagne, mener les discussions dans la langue de Tokyo Hotel ne pourra pas faire de mal.
Et puis sa nomination permettra enfin un renouvellement du personnel politique à Nantes, car cela fait 23 ans que plusieurs adjoints doivent ronger leur frein à pour prendre sa succession.

Malheureusement, Jean-Marc Ayrault traîne aussi quelques boulets : on attend avec impatience de le voir se confronter à ses ministres écologistes (Cécile Duflot ou Yannick Jadot, ministre de l’écologie) sur la construction du nouvel aéroport de Nantes, à Notre-Dame-des-Landes ; il en était l’initiateur, l’arrêt de sa construction était dans le programme d’Eva Joly.
On attend également les refrains de l’UMP sur sa condamnation à 6 mois de prison avec sursis en 1997 dans une affaire de marché public attribué en 1989 pour la publication du journal municipal de Nantes : une condamnation en tant que Maire, il y aurait eu favoritisme, mais pas d’enrichissement personnel ou de détournement d’argent – comme il le clame, il a depuis été réélu deux fois à la Mairie de Nantes, mais c’est bien connu, les Français sont des veaux.

En fait le plus gros désavantage de Jean-Marc Ayrault, c’est que s’il est nommé à Matignon, Martine Aubry ne l’est pas. Or, elle était sollicitée par l’opinion. Or, elle a fait une campagne de terrain très importante. Or, elle a rassemblé l’ensemble du parti socialiste derrière François Hollande après les primaires (bien que sur ce point il semble que ce soit François Hollande lui-même qui ait réussi à faire l’unanimité autour de ses thèmes de campagne la jeunesse et la justice, et de son style de présidence).
Et puis, il aurait été bon, si la France continue à se complaire dans un exécutif bicéphale (contrairement à tous les autres régimes démocratiques ; même François Fillon souhaitait en 2005 la suppression du poste de Premier Ministre), que l’une des têtes soit celle d’un homme, l’autre celle d’une femme. Elle incarnait les 35 heures, la dernière grande avancée sociale française, même si la manière dont elle a mis en place cette réforme reste critiquée.
Edith Cresson, seule femme Premier Ministre de la France, l'image est malheureusement désormais un brun vintage.

Mais parlons peu parlons bien, il ne faut pas se leurrer, Martine Aubry et François Hollande ne peuvent vraiment pas se voir, et l’épisode gauche molle de la primaire socialiste était du petit lait pour la droite qui aurait pu faire pas mal de dégâts. Bien sûr, elle aurait réussi à regrouper autour d’elle l’ensemble des socialistes, aurait donné des gages au Parti de Gauche et à JLM. Pourtant ça ne l’a pas fait.

Se pose maintenant un problème pour François Hollande et J-M Ayrault : dans quel ministère nommer Martine Aubry ? On évoque un grand ministère de l’éducation nationale, de la culture (et il est vrai que le dynamisme culturel lillois témoigne d’une grande compétence sur le sujet), et de la jeunesse. Mais on voit mal comment le Ministère de l’Education nationale pourrait échapper à Vincent Peillon, et le Ministère de la Culture à Aurélie Fillipetti.
Et si l’hypothèse la plus probable était qu’elle n’entre pas au gouvernement, et qu’elle reste à la tête du parti socialiste, ce qui l’associerait de fait à l’ensemble des réformes que mènera le futur gouvernement ? Elle a prouvé d’importantes capacités à ce poste depuis 2009 et le congrès dévastateur de Reims, alors ses compétences seront nécessaires quand il faudra mener la bataille des élections locales en 2014, où après d’importantes victoires la gauche abordera de nouveau ces échéances en étant au pouvoir au niveau national.

Autre hypothèse : si tout simplement Martine Aubry n’en avait pas envie, de ce poste de 1er ministre ? Pas envie parce que c’est François Hollande (dans l’hypothèse DSK, elle semblait prête à y aller), pas envie parce qu’elle ne veut pas quitter sa place de Maire et de Président d’agglomération à Lille où elle n’est pas installée depuis 23 ans, pas envie comme le laissait présager son refus d’obstacle – elle ne se présente pas aux législatives après un échec douloureux en 2007 à Lille, or on imagine mal un Premier ministre sans cette légitimité du scrutin nationale (tous les premiers ministres de la IVe et de la Ve République – je n’ai pas remonté plus loin mais ça doit être vrai avant aussi - étaient des parlementaires, à l’exception de Gaulle quand il est rappelé en 1958, mais il bénéficiait d’une autre légitimité historique, et a obtenu la sienne par les scrutins très rapidement après). On se souvient de l’épisode Juppé en 2007, nommé au ministère de l’écologie et du développement durable, taillé à sa mesure, pensé par et pour lui, et qui doit quitter son poste après son échec aux législatives, dans sa ville, à Bordeaux, face à Michelle Delaunay.

A l’inverse, Jean-Marc Ayrault lui montre qu’il a envie, mène campagne auprès de François Hollande et de ses conseillers. Il a mené la campagne des présidentielles en se mettant dans cette posture de 1er ministre, en répétant un discours rodé sur les mesures à prendre rapidement, un entraînement au fameux discours de politique générale prononcé devant l’Assemblée après la nomination du Premier Ministre. Depuis des semaines, il écrit des notes sur le programme des premières semaines et le calendrier de la première année, et participe à la rédaction des décrets qui seront publiés cette semaine ou la semaine prochaine, d’abord sur la retraite à 60 ans bien sûr, mais aussi, c’est le boulot d’un premier ministre, sur l’organisation de l’administration, le découpage des ministères et des grandes directions de l’administration centrale de l’Etat et leurs rattachements.

L’hypothèse Valls était une farce, soyez-en sûr, à la limite en deuxième premier ministre à mi-mandat s’il fait ses preuves au ministère de l’intérieur, mais l’expérience Fillon-Sarkozy montre que sauf accident, dans cette formule quinquennat, le tandem sera le même pendant cinq ans.

            Avant midi demain retrouvez sur Combats de coqs en exclusivité l’annonce du futur gouvernement paritaire, paritaire on a dit, va plus falloir déconner avec ça les gars.


1On parle de proposition de loi quand le texte émane du Parlement et de projet de loi quand le texte initial a été rédigé par le Gouvernement – pour briller en société...

Pour découvrir en exclu l'ensemble du gouvernement :
Voir la partie 1 : ceux pour qui c'est sur
Voir la partie 2 celles pour qui ça devrait le faire
Voir la partie 3 : les incertitudes

27 févr. 2012

Le meeting de la France forte à Lille


« C'est beau un peuple »1


Lille, Grand Palais – 18h30 ce jeudi 23 février 2012. Nicolas Sarkozy est en campagne et vient conter sa litanie habituelle sur la valeur travail. Une belle occasion de découvrir en live l'exaspérant président en insupportable candidat.

Première bonne nouvelle : le candidat a choisi de venir à Lille en train. En janvier, pour ses voeux aux fonctionnaires à la préfecture de Lille, le président avait choisi l'avion, soit très certainement un trajet bien plus long2, et un bilan carbone bien plus lourd. Bon, je passe sur les retards en gare de Lille Flandres, provoqués tout l'après-midi par l'utilisation du service public par le président.

Seconde bonne nouvelle : il n'y aura pas de seconde bonne nouvelle, mes repères, mes préjugés et mes clichés sur les militants UMP n'ont en rien été ébranlés.

Entrons donc ensemble dans ce merveilleux monde des citoyens de droite en uniforme. En uniforme ? Je ne parle pas des jeunes avec le tee-shirt « les jeunes avec Sarkozy », que je n'ai pas réussi à me procurer (et pourtant j'avais fait un effort de camouflage : j'étais passé chez le coiffeur, j'avais bien coiffé ma mèche, mis un pantalon de costume et une chemise bien repassée). L'uniforme : des chaussures bien cirées, un jean Hugo Boss, une chemise à bouton de manchette et des cheveux bien peignés, de longues mèches bien coiffées. Sachez-le, les gens de droite ont de beaux cheveux, ils sont plus grands, plus beaux même, et ils sentent bon. Une salle surchauffée, des gens en sueur et pourtant une odeur fraîche, incroyable pour un novice au sein de la sphère UMP. Mais plus frappant encore dans cette salle remplie de milliers de militants, l'absence de mixité sociale et ethnique.

Sur le terrain des idées en revanche, rien de frais. Etrange embarras, drôle de sentiment que de voir ces milliers de gens (des jeunes et des vieux, mais justement pas la France du travail) acclamer, applaudir, crier jusqu'à extinction de voix, la proposition de faire travailler 7 heures par semaine les personnes aux RSA qui privilégieraient l'assistanat au travail – pour combien en fait ? 475 euros par mois pour une personne seule. Et la droite veut faire croire qu'il s'agit d'un choix.

En elle-même, la proposition est impossible à mettre en place pour 1,5 million de personnes. Les bénéficiaires du RSA ont besoin d'une formation quotidienne, d'un suivi important, d'une activité formatrice qui permettent d'aboutir à un emploi. Pas de sept heures de travaux de type surveillance des sorties d'école. De plus, les activités envisagées sont aujourd'hui réservées à des personnes en contrats aidés aux horaires de travail moins réduits. Et les acteurs de l'insertion manquent de ce type d'heures de travail – alors comment trouver plus de dix millions de nouvelles heures ? De plus, ce dispositif lourd nécessiterait d'importants moyens humains pour encadrer ces bénéficiaires : c'est-à-dire des agents des départements en charge de l'insertion professionnelle (mais ne doivent-ils pas réduire le nombre de leurs fonctionnaires, ne faut-il pas réduire le nombre d'agents publics ?).
Sur la forme, je serai suffisamment de bonne foi pour saluer l'idée de ne pas faire de pancartes Sarkozy, mais seulement de distribuer des drapeaux français, agités à chaque invectives contre François Hollande. L'effet est intéressant. L'image est celle du rassembleur. Je salue aussi les projecteurs bleu, blanc, rouge tournés vers le plafond de la salle, ainsi revêtu d'une lumière nationale et républicaine. Puis je m'étonne : où est la retenue, la mesure dans les moyens consacrés à la campagne ? Le contexte budgétaire ne plaide-t-il pas pour cette retenue ?

Ensuite je m'agace. Je l'ai dit : les idées étaient pauvres (il n'y avait bien que cela de pauvre dans la salle). Beaucoup de veilles rengaines. Pas de souffle nouveau, pas d'inspiration nouvelle ou de discours porteur.

Je m'agace surtout du spectacle des passages obligés et intangibles du discours politique :
  • Des expressions purement rhétoriques avec haussement de la voix sur la fin pour provoquer les applaudissements : « Ne pas vouloir une France forte, c'est favoriser une France faible ». Merci.
  • Des promesses faites en 2007, répétées en 2012 sans le moindre doute sur une éventuelle perte de crédibilité (par exemple interdire les retraites chapeaux et parachutes dorées).
  • Des attaques sur Hollande tout en disant qu'on ne s'abaissera pas à des attaques personnelles. Et l'auditoire feint d'être convaincu.
Enfin, je suis étonné par le conservatisme de la mise en scène (que reprend exactement Hollande – remarquez donc le sens de l'équilibre dans cet article). L'homme seul, sur une immense scène, s'agitant derrière un pupitre. C'est l'image de l'homme providentiel face au peuple. Où est l'ouverture, la participation, la modestie ?
Et je regrette le discours de Ségolène Royal à Villepinte en 2008 (le fameux discours sur la fraternité) également tout en maîtrise mais tellement novateur sur la forme et le fond.
François-Marie ne se refait donc pas et désire un avenir politique un peu plus frais et innovant.

1phrase entendue au moment de la Marseillaise.
2Elysée-Lille en avion : Palais de l'Elysée - Ecole militaire en voiture / Ecole militaire - Aéroport du Bourget en hélicoptère / Le Bourget - Aéroport de Lille en avion / Aéroport de Lille - Préfecture en voiture.